lundi 5 novembre 2012

El Valle de los caídos, un monument controversé

Jeudi soir, j'ai eu le plaisir de rencontrer les parents de Clara, qui sont arrivés fourbus après treize heure de voiture depuis chez eux. Ils avaient les bras (ou le coffre) chargé de vêtements, couvertures, livres, brioche et confitures -indispensables à notre survie !
Nous avons passé deux grandes journées ensemble : randonnée dans la "presque-campagne", visite d'Alcalá de Henares, la ville natale de Cervantes, visite du palais d'El Escorial, riche de ses nombreux tableaux (El Greco, Titien, Tintoret, Bosch, etc.), de son exposition architecturale, de son panthéon des rois, reines et autre infante d'Espagne, etc...

Mais ce soir, ce dont j'aimerais vous parler, c'est d'un monument que nous avons visité samedi matin, sous la brume d'un temps humide : El Valle de los caídos (ce qui signifie La Vallée de ceux qui sont tombés).


C'est une immense abbaye, creusée à même le roc, dans un colline au coeur de la Sierra de Guadarrama. Pour y accéder, il faut emprunter une route sinueuse dans la forêt de conifères. On arrive enfin devant l'entrée du monument : des arcades en arc de cercle et une porte, monumentale. Un croix de pierre, immense (150 mètres), domine la vaste esplanade.

A l'intérieur, c'est monumental : deux vestibules de plusieurs dizaines de mètres, puis la nef, impressionnante. De parts et d'autres nous surveillent des statues guerrières, la capuche cachant leur visage, la pointe de l'épée posée au sol. Plus loin, la tombe du général Franco, dictateur de l'Espagne de 1936 à 1975, et celle du fondateur de la Phalange, le parti unique, José Antonio Primo de Rivera. Les deux sont fleuries. Un homme se signe devant l'une, puis devant l'autre. Sur les côtés, deux chapelles commémorent la mémoire des 33 872 (?) combattants dont les restes reposent aussi sous cette colline.

Source : commons.wiki.org - Sebastian Dubiel
Source : m.forocoches.com


L'histoire et l'actualité de ce monument sont chargées de controverses, de questionnements, de vérités cachées peut-être, de mensonges admis sans doute.

Ce sanctuaire a été ordonné et inauguré par le Caudillo, d'abord pour rendre hommage aux combattants nationalistes durant la guerre civile de 1936-1938. La main d'oeuvre fut trouvée chez les prisonniers de guerre et politiques du régime, qui gagnaient ainsi des remises de peine en échange d'un travail volontaire. Mais combien étaient-ils ? Pourquoi ce système de remise de peine ? Etaient-ils vraiment volontaires, préférant le travail à l'enfermement ? Combien moururent au cours de la construction ? Des sources diverses pour des réponses différentes...

En 1958, le monument est finalement inauguré en l'honneur des toutes les victimes de la guerre civile, montrant ainsi la volonté du régime de réconcilier républicains et nationalistes (pourquoi ? Un acte médiatique ? Une vraie reconnaissance ?). Ainsi, toute famille qui en faisait la demande pouvait transférer la dépouille d'un combattant mort à la guerre -"à condition qu'il fusse baptisé" (Wiki). 
Mais il semblerait que le régime ait déterré et déplacé des corps, sans l'avis des familles -le fils d'un "caído" témoigne (en espagnol) : il voudrait récupérer la dépouille de son père et de son oncle -ce qui semble matériellement impossible- et obtenir justice face à des meurtres qui restent impunis, oubliés, non jugés.

Doit-on laisser en l'état le monument symbolique d'un régime qui a assassiné des milliers de personnes, dont certaines dépouilles sont encore cachées dans la terre aride de l'Espagne (voir cette carte des fosses communes de la guerre civile et du franquisme) ?
Doit-on détruire la mémoire des nationalistes, des franquistes, dans un geste qui réduirait la liberté d'expression de la société espagnole ?
Doit-on laisser les corps des victimes à côté de celui de leur bourreau ou déplacer le corps du dictateur dans un cimetière privé ?
Doit-on nier l'histoire, détruire un mausolée à haute valeur historique ?

Doit-on céder à l'éthique ? A la morale ? Aux émotions ? Au respect de la liberté de pensée ? Au respect des Droits de l'Homme ? Au respect de la mémoire ? Des mémoires ?

Comment réconcilier les citoyens espagnols, sur cette histoire douloureuse et sur ces blessures qui ne sont pas encore pansées ?

La polémique est vraiment complexe. Sur le net, on trouve des articles pour le moins antithétiques : un réquisitoire contre écrit par le magistrat José Antonio Matin Pallin (esp), un article sur les secrets del Valle publié dans le journal conservateur ABC (esp), el Valle "vestige de la honte" pour l'Humanité (fr)...
(A suivre, probablement, dans les pages de ce blog).


De l'autre côté de la colline (monastère)
Le temps se dégage pour quelques secondes, le temps de prendre une photo !


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